ASSOCIATION SAUVER L'IMZAD

LE COLLOQUE INTERNATIONAL

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M. Koïchiro Matsuura, Directeur Général de l’UNESCO
Koïchiro Matsuura, DG de l'Unesco

Préface du recueil des communications
du Colloque International sur la sauvegarde de l’Imzad
30 mars - 3 Avril 2005, Tamanrasset, Algérie

Contes et rites, chants et danses bercés par la musique d’instruments de facture locale, combien de ces traditions sont menacées d’oublie ! L’Imzad, ce violon monocorde que le père Charles de Foucauld qualifiait d’ « instrument de musique favori, noble, élégant par excellence » fait partie de l’une de ces traditions « qui a toutes les préférences ». Il est l’instrument que l’on « chante dans les vers, après lequel on soupire quand on est loin du pays, dont il est comme un symbole et dont il rappelle toutes les douceurs ». Il est de ceux dont on joue pour honorer ses hôtes.

Symbole de l’hospitalité propre à sa terre de naissance, l’Imzad est l’âme de la culture touareg et le socle de son identité. Il est le témoignage d’un savoir-faire artisanal et ancestral qui se transmet de mère en fille depuis des générations. Son jeu subtil, intimement mêlé aux paroles poétiques des récits et des chants, crée un espace de rencontre festive, un lien patrimonial entre chaque membre de la communauté. Que Madame Farida Sellal ainsi que les membres de son association « Sauver l’Imzad » soient chaleureusement remerciés : grâce à leurs actions menées sur le terrain, cet instrument traditionnel représentatif de l’identité touareg est sauvegardé, valorisé et, à travers lui, l’ensemble de la culture du peuple des sables.

L’UNESCO est très attachée à ce que cette forme de patrimoine culturel, dit « immatériel », perdure de génération en génération tout en se nourrissant de l’imaginaire du temps présent. C’est à ce patrimoine ô combien vivant que la communauté internationale, par la voix de notre organisation, a voulu rendre hommage en adoptant le 17 octobre 2003 un instrument normatif international, la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Entrée en vigueur le 20 avril 2006, cette convention compte déjà à ce jour 60 États Parties. L’Algérie fût le premier d’entre eux, en y adhérant dés mars 2004. C’est l’Algérie encore, en Alger la blanche, qui accueillera la première réunion de son comité.

De manière à sensibiliser la communauté internationale, les décideurs politiques mais aussi l’opinion publique, à l’importance de ce patrimoine dans la préservation de la diversité culturelle, l’UNESCO a proclamé par trois fois, en 2001, 2003 et 2005, 90 formes d’expressions et espaces culturels, représentatifs de 70 pays, considérés comme des chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité.

Comme le rappelle la convention de 2003, ces pratiques patrimoniales sont souvent fragiles, « les processus de mondialisation et de transformation sociale “faisant” peser (sur elles) de graves menaces de dégradations, de disparition et de destruction ». C’est pourquoi il faut se réjouir des actions de sauvegarde menées par les gouvernements mais aussi par les communautés locales ou certains particuliers généreux.

L’éducation des plus jeunes, la transmission de génération en génération, la sensibilisation de tous à la richesse de ce patrimoine sont des conditions essentielles à sa sauvegarde. La publication de ce recueil de communications sur cet exemple de « richesse » immatérielle que sont l’Imzad et la tradition musicale qu’il véhicule, tout comme la création d’une école à Tamanrasset où de jeunes musiciennes de la promotion « Dassine » y sont formées par les plus anciennes, dernières détentrices de cet art, participent de cet engagement collectif.

À travers la promotion de l’Imzad, il nous faut saluer également les efforts déployés par l’association en faveur de la réinsertion sociale de la femme touareg, du développement durable du Grand Sud algérien et, plus largement, de la réduction de la pauvreté en ces terres arides ou semi-arides. Une attention toute particulière doit en effet continuer d’être apportée à leurs populations, qui figurent parmi les plus démunies, et à leur patrimoine vivant, encore trop méconnu, menacé de disparition, et pourtant si indispensable à cet autre patrimoine de l’humanité qu’est la diversité culturelle.

Je forme le vœu que les actions qui seront menées en cette année 2006, « Année internationale des déserts et de la désertification », comme l’ont décidé les Nations Unies, et dont le Ministre de l’Environnement, M. Chérif Rahmani, est porte-parole honoraire, participeront également de cet hommage qu’il convient de rendre au peuple touareg, en contribuant à sauvegarder son patrimoine immatériel et à pérenniser sa mémoire, sa culture et son identité.

Signature du DG de l'Unesco

 

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